Je v(o)eux pour 2019 : de la lutte contre la françafrique, contre les insultes et pour des rapports exempts de domination.

On n’insulte pas un homme qui porte un fusil.
Proverbe congolais ; Les proverbes yaka du Congo (2002)

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Belle année 2019 ! Que cette nouvelle année soit riche en théâtre, en action artistique, en confiance en soi, en confiance en l’Autre et en justice sociale.
Pour débuter l’année, la Cie La Pagaille a organisé un concert de hip-hop dédié à la lutte contre la françafrique. Une soirée haute en couleur avec plus de 200 personnes dans le bar le Square. Une soirée de soutien avec et pour les migrants du squat Le Patio Solidaire sur le campus de l’Université de Grenoble.
En 2019, la Cie et l’association La Pagaille vous partage aussi les nouvelles d’un des spectacles en cours de création sur les moqueries et les insultes au sein d’un collège. L’occasion de mettre en lettre des mots crus qui sentent la colère, le mépris ou la volonté de contrôle.
Qu’est-ce qui se cache derrière les mots terribles que nous recueillons auprès des jeunes de 13 ans comme “nique ta mère“, “vas niquer ta race“, “espèce de pédé” ou “sale chienne” ?
Comme l’indique Yves Bonnardel les insultes (et les moqueries) “sont une bonne source d’indications sur les rapports sociaux“. Sexisme, homophobie, LGBTphobie, racisme, islamophobie, antisémitisme, âgisme, classisme, andiphobie, validisme, spécisme…les moqueries et les insultes expriment les catégories sociales déterminantes et l’ordre dominant.
En 2019, qui porte l’arme comme le dit le proverbe congolais “On n’insulte pas un homme qui porte un fusil” ?
En 2019, qui sont les premiers, les Uns, les universels ?
Dans son ouvrage Classer, dominer, Christine Delphy précise que les « opérations mises en œuvre pour surqualifier un ensemble de personnes et sous-dis-qualifier celles qui ne sont pas les premières » ont pour but de créer une liste “hiérarchique, opposant des supérieurs et des inférieurs”.
Pour le dire autrement, la norme dans notre société serait donc d’être un homme, blanc, hétérosexuel, de culture judéo-chrétienne, aisé, valide, jeune, plutôt grand et mince, non chômeur voire riche…
En tous cas, les recueils de moqueries et d’insultes réalisés avec toutes les classes de 5e dans un collège du département de l’Isère ne laissent aucun doute : la norme n’es pas moquée, pas insultée, pas dévalorisée.
Une fois que nous avons posé ce constat, que pouvons-nous faire ? Que faire quand je suis un garçon/fille/autre de 13 ans ?
Suite à un atelier de théâtre de la Cie La Pagaille, une participante – Stelina (le prénom a été modifié) – nous a partagé son sentiment : “C’est bizarre le théâtre que l’on fait avec vous. C’est drôle mais parfois c’est gênant. En tous cas, je comprends mieux de qui on se moque.” Cette remarque a été recueillie au début de nos répétitions. Il nous reste quelques séances et un spectacle pour trouver comment agir face aux moqueries, aux insultes et aux rapports de dominations qui sont en œuvre derrière ces gros mots.
Espérons que par le théâtre forum, nous réussissions à trouver collectivement avec les élèves, les enseignants, les adultes présents…des pistes de réactions qui mettent fin au mépris ou à la dévalorisation.
Il nous reste malheureusement plein d’autres occasions : dans la rue, au travail, dans les commerces, entre ami.e.s, dans un stade, sur les forums et réseaux sociaux…
Bref, ensemble, continuons à détecter les rapports de dominations. Nommons-les, analysons-les, délégitimons-les, combattons-les…inventons d’autres rapports entre humains. Pour des rapports sincères, doux, encourageants et coopératifs. Un défi vaste à poursuivre tous les jours, au collège ou ailleurs !

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